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Paru dans Banquet (Paris) 21, octobre 2004

Paru dans Banquet (Paris) 21, octobre 2004

Yakov M. Rabkin, Au nom de la Torah. Une histoire de l’opposition juive au sionisme, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2004, 274 pages. – Ce livre est fondamental pour qui s’intéresse au judaïsme moderne et aux débats politiques et théologiques qui secouent l’État d’Israël et la diaspora. Il décrit un phénomène largement passé sous silence, sinon oublié : l’antisionisme, tant ultra-religieux (le plus étudié ici) que libéral. Cet antisionisme n’est pas récent et, comme le montre Rabkin, puisse ses sources dans une littérature importante du XIXe siècle, apparaît même dominant chez les rabbins dans les premières décennies du XXe, mais il a connu une recrudescence à l’époque actuelle tant en Israël que dans la diaspora. L’antisionisme, souvent né comme une opposition à la transformation de l’identité juive en une identité nationale et une critique de toute forme de judaïsme laïque, se transforme en une critique radicale de l’existence même de l’État d’Israël (provoquant chez les sionistes l’assimilation entre l’antisionisme et l’antisémitisme), un souci de sauver l’universalité du judaïsme de son enracinement stato-territorial, de soumettre Israël à un examen moral et une accusation à l’encontre du sionisme de menacer la paix mondiale en rendant sans solution le conflit moyen-oriental. On doit aussi y ajouter une dénonciation de la manière dont l’État d’Israël « utilise » la Shoah comme facteur de légitimité de son existence. L’antisionisme religieux prend aussi des formes messianiques et apocalyptiques en prédisant la destruction nécessaire de l’État hébreu puisqu’il contrevient à la Torah. Nul ne peut prétendre qu’au-delà de ses excès un tel débat sur les valeurs et la légitimité soit superflu. Cet ouvrage pionnier en montre aussi l’urgence.


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