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Paru dans La Paix maintenant (Bruxelles) en mars 2005

Paru dans La Paix maintenant (Bruxelles) en mars 2005.

EDITO

Dans son livre, Au nom de la Torah, une histoire de l’opposition juive au sionisme, l’universitaire québécois, Yakov Rabkin, s’efforce de retracer les fondements et l’évolution de l’opposition juive au sionisme. Bien qu’il se drape d’une prose savante, ce livre est avant tout un pamphlet idéologique visant à délégitimer le sionisme et Israël. Selon lui, les choses sont claires et limpides : le sionisme n’a rien à voir avec le judaïsme, pire il ne concerne pas les Juifs. Il déclare notamment, dans une interview accordée au quotidien belge Le Soir, qu’il s’est formé en Israël un peuple israélien qui est distinct des Juifs et dont les idéaux ne correspondent guère aux valeurs que le judaïsme impose sur les Juifs. Il ajoute également qu’aussi longtemps que la structure étatique restera sioniste et que les sionistes maintiendront la prétention de représenter tous les Juifs il n’y aura pas de fin à la violence, ni en Israël-Palestine ni par ricochet, contre les minorités juives de diaspora. Pour conforter son point de vue, Rabkin prend bien soin d’opposer les Juifs de diaspora, religieux de préférence, minoritaires et non-violents aux Juifs israéliens, majoritaires, militaristes vouant un culte immodéré à la force.

En fait, l’idée nationale fait horreur à Rabkin dans la mesure où elle écarte le Juif de sa tradition religieuse mais aussi de ses valeurs morales supérieures. L’autoglorification du juif minoritaire de diaspora poursuivant son idéal de justice à laquelle se livre Rabkin, a été un jour comparé par le grand philosophe israélien, Menachem Brinker, à l’homme qui n’a jamais rien vendu et se vante de n’avoir jamais roulé dans les affaires, ou, dans un langage plus cru, c’est l’eunuque qui se vante de n’avoir jamais commis un adultère. Or, depuis la création de l’Etat d’Israël où les Juifs peuvent exercer leur souveraineté, on peut enfin juger ceux-ci comme des gens ayant la capacité de commettre le bien mais aussi le mal. L’affirmation nationale par une partie importante du peuple juif ainsi que l’adhésion à cette vision par la majorité des Juifs de diaspora illustre parfaitement l’appartenance des Juifs à la communauté des nations. Cette affirmation nationale n’a jamais été identifiée par les politologues où les responsables politiques comme un obstacle au développement de la démocratie. Tout au contraire, la démocratie se pense par rapport au fait national, comme l’affirme le spécialiste des relations internationales, Zaki Laïdi. En Israël aussi, et nous l’espérons en Palestine le plus tôt possible.

Nous ne pouvons nous empêcher de relever que cette insistance à vouloir réduire le sionisme à une idéologie violente exhortant la haine des Palestiniens est malhonnête de la part d’un homme qui se présente comme un universitaire. Amos Oz a dit un jour que le sionisme n’est pas un prénom mais un nom de famille. C’est pourquoi, on retrouve à la Knesset toutes les expressions idéologiques de la modernité politique, de l’extrême droite à l’extrême gauche, en passant par la droite et la gauche. Le judaïsme n’est pas non plus condamné à être ramené aux idées de Meïr Kahana. Lorsqu’on a un jour interrogé Chaïm Gouri, un des plus grands poètes israéliens et une grande figure morale d’Israël sur la situation morale de son pays, il a répondu très simplement que le peuple d’Israël n’a pas fait de la destruction des Arabes un principe national, une condition de sa rédemption. Aujourd’hui, Israël essaie de résoudre des questions d’existence, liées au fait qu’il est nation développée, consciente de sa force, mais connaissant aussi les limites de sa force.

L’équipe de Kol Shalom


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